La baleine boréale (Balaena mysticetus) | WWF-Canada

La baleine boréale (Balaena mysticetus)

 
 
	© Paul Nicklen/National Geographic Stock / WWF-Canada

Le géant de l’Arctique

L’une des trois seules espèces endémiques de baleines vivant à l’année en Arctique, la baleine boréale se distingue par sa tête massive et sa grande bouche arquée. Cette tête au crâne épais surmontant un corps puissant lui permet de fracasser jusqu’à 20 cm de glace pour y percer des trous d’air. Des chasseurs inuits de l’Alaska affirment avoir vu des baleines faire surface à travers un couvert de glace de 60 cm d’épaisseur. La tête de la baleine boréale compte pour près du tiers de sa longueur totale – le baleineau d’environ 4 mètres et pesant dans les 2 à 3 tonnes à la naissance pourra atteindre à l’âge adulte une longueur moyenne de 20 m.

La baleine boréale vit dans les eaux tranquilles de l’Arctique, qu’elle trouble de manière spectaculaire lors de ses ébats amoureux – on peut alors la voir donner de grands coups de queue et d’aileron à la surface de l’eau, et même bondir entièrement hors de l’eau, ce qui, pour un animal pouvant peser jusqu’à 100 tonnes, n’est pas un mince exploit!

Ce géant des mers arctiques se meut lentement, comme on peut s’y attendre, et nage à une vitesse moyenne de 3 à 5 kilomètres/heure.
 
 / ©: naturepl.com / Martha Holmes / WWF
Bowhead whale (Balaena Mysticetus) just under ice, Arctic. 
© naturepl.com / Martha Holmes / WWF
La population de baleines boréales est encore en période de rétablissement. C’est que l’espèce a fait l’objet dès le 16e siècle d’une chasse excessive qui n’a pris fin qu’au moment où elle a frôlé l’extinction. On estime aujourd’hui à environ 20 000 individus le nombre total de baleines boréales, réparties dans trois régions distinctes; 90 % de cette population résiderait en eaux canadiennes. En 2009, le Canada a créé le premier sanctuaire mondial pour la baleine boréale, la Réserve nationale de faune Ninginganiq au Nunavut.

Pour en savoir plus sur la participation du WWF-Canada à la préparation du dossier scientifique qui a servi à la création de ce sanctuaire.
 

De l’importance de la baleine boréale

Les cétacés se situent dans les échelons supérieurs de la chaîne alimentaire, ce qui en fait de bons indicateurs de la vitalité générale de l’environnement marin. Le statut global de conservation de la baleine boréale est « préoccupation mineure (LC) », mais certaines populations – notamment celle du Svalbard, dans l’est du Groenland – sont considérées « en danger ». La baleine boréale a longtemps, jusqu’au siècle dernier, été chassée par les baleiniers pour sa graisse, sa chair et ses fanons. Aujourd’hui, seules quelques communautés autochtones au Canada, en Alaska et au Groenland en poursuivent une chasse de subsistance. La chasse de subsistance est autorisée, et elle est supervisée par des organismes de cogestion en partenariat avec la Commission baleinière internationale.
 
 / ©: Paul Nicklen/National Geographic Stock / WWF-Canada
The chin of a bowhead whale (Balaena mysticetus) surfaces at Isabella Bay (also known as Ninginganiq), Nunavut, Canada. 
© Paul Nicklen/National Geographic Stock / WWF-Canada

La vie sous les glaces

À l’instar des autres cétacés vivant en région arctique – le narval et le béluga – la baleine boréale n’a pas de nageoire dorsale, ce qui lui permet de circuler aisément parmi les glaces flottantes. Elle passe toute l’année en Arctique, se déplaçant au gré des embâcles et débâcles, et des migrations saisonnières vers des zones bien établies qu’elle fréquente au printemps et en été pour faire le plein de nourriture. La baleine boréale est protégée par une très épaisse couche de graisse – de 40 à 50 cm – qui lui fournit les réserves nécessaires pour traverser le cycle annuel. La baleine peut demeurer sous l’eau pendant un minimum de 30 minutes sans difficulté.
 
 / ©: Tim Stewart / WWF-Canada
Bowhead whale (Balaena mysticetus), Isabella Bay, Nunavut, Canada. 
© Tim Stewart / WWF-Canada

Que mange-t-elle?

La baleine boréale est une baleine à fanons – chaque côté de sa mâchoire supérieure compte de 250 à 350 de ces lames cornées. Les fanons immenses – ils peuvent atteindre 4,6 m de long chez l’adulte (les plus longs de tous les cétacés) – jouent le rôle de tamis à l’expulsion de l’eau de la cavité buccale et retiennent les petites proies, tel le krill, dont se nourrit la baleine boréale, qui doit absorber 100 tonnes de nourriture annuellement. C’est pendant les mois d’été que la baleine vient dans les eaux canadiennes se gorger de nourriture et faire ses réserves.
 
 / ©: Tim Stewart / WWF-Canada
Bowhead whale (Balaena mysticetus) flukes in Isabella Bay, Nunavut, Canada.
© Tim Stewart / WWF-Canada

Une histoire tragique

La baleine boréale a été victime de l’attrait que représentaient ses longs fanons et son épaisse graisse qui lui ont attribué – comme à sa cousine la baleine franche (Eubalaena glacialis et japonica) – la plus grande valeur économique et en ont fait la plus recherchée de toutes les baleines.

Chassée commercialement jusqu’au siècle dernier pour sa graisse et ses fanons, la baleine boréale peine encore à se rétablir après avoir frôlé l’extinction. Certaines populations s’en tirent mieux que d’autres, mais il faudra encore plusieurs décennies à cette espèce – qui vit longtemps et se reproduit à faible rythme – pour reconstituer ses grandes bandes d’autrefois. Les Inuits du Canada, du Groenland et de l’Alaska sont autorisés à en faire une chasse – limitée – de subsistance, la baleine boréale faisant partie intégrante de leurs traditions et de leurs valeurs.
 
 / ©: Peter Ewins / WWF-Canada
A bowhead whale (Balaena mysticetus) bone on Kekerten Island, Nunavut, Canada. 
© Peter Ewins / WWF-Canada
Après la chasse excessive, voilà que de nouvelles menaces pèsent maintenant sur la baleine boréale. En effet, le réchauffement climatique rapide entraîne la disparition des glaces et l’acidification des océans bouleverse la dynamique du réseau trophique. La baleine boréale souffre également des effets directs et indirects du développement accru – intensification de l’exploration pétrolière et gazière, de la navigation commerciale et de la pêche.

Sur la piste de la baleine boréale

Les gouvernements du Canada et de l’Alaska ont fixé des transmetteurs radio satellite sur un échantillon de baleines boréales afin d’en suivre les pérégrinations et d’en apprendre davantage sur leurs déplacements saisonniers et leur usage de l’habitat.

Cette information pourra servir à localiser et protéger les zones les plus importantes pour ces baleines, et à assurer une saine planification des activités humaines futures (navigation et développement) dans ces eaux fragiles et tranquilles de l’Arctique – pays de la baleine boréale – et de bien étayer toute décision entourant l’avenir des écosystèmes marins dans un Arctique confronté au bouleversement de son climat et de son économie. 

Baleine boréale 101

Nom scientifique:
Balaena mysticetus
Nom en inuktitut:
arviq
Noms usuels:
baleine boréale, baleine franche boréale, baleine du Groenland ou baleine franche du Groenland
Statut:
UICN – préoccupation mineure; faible risque de disparition/dépendant de la conservation (sous-population des mers de Béring, Tchouktches et de Beaufort); en danger (sous-population de la mer d’Okhotsk); en danger critique (mer Svalbard-Barents) (sous-population de Spitsbergen)
Pour en savoir plus

Population:
environ 10 000, selon les estimations de la Commission baleinière internationale (IWC)

Aire de répartition

 
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Menaces

La baleine boréale a frôlé l’extinction en raison d’une chasse commerciale excessive jusqu’au siècle dernier – sa graisse et ses fanons avaient une grande valeur commerciale. Certaines populations se rétablissent grâce au moratoire sur la pêche commerciale adopté par la Commission baleinière internationale. Comme les autres grands cétacés, la baleine boréale est aujourd’hui menacée par d’autres activités humaines – bouleversement de l’habitat, réchauffement climatique,
exploration pétrolière et gazière en mer et intensification de la navigation dans les eaux arctiques.

Pour en savoir plus sur les menaces pesant sur l’Arctique

Ce que fait le
WWF-Canada

Le WWF-Canada cherche à localiser l’habitat essentiel de la baleine boréale, pour en assurer la protection, et à prévenir les risques liés au développement accru et au réchauffement climatique rapide en Arctique.

Le WWF-Canada a également joué un rôle important dans l’établissement du premier sanctuaire mondial créé pour la baleine boréale.

Pour en savoir plus sur l’action du WWF-Canada en Arctique

Navigation et mammifères marins



Allez voir comment les routes de transport maritime chevauchent l’aire traditionnelle de répartition de divers mammifères marins.

Explorer la carte 

Le chant des baleines

Comme bien des cétacés, la baleine boréale vocalise beaucoup. Or l’intensification du transport maritime et du développement industriel en Arctique cause beaucoup de bruit et nuit à la communication des baleines entre elles. 

© Paul Nicklen/National Geographic Stock / WWF-Canada
Bowhead whale at Isabella Bay, also known as Niginganiq, Nunavut, Canada. 
© Paul Nicklen/National Geographic Stock / WWF-Canada

Le saviez-vous?

La baleine boréale peut vivre de 150 à 200 ans, ce qui en fait le mammifère à la plus longue espérance de vie de la planète.