La laimargue atlantique, ou le requin du Groenland | WWF-Canada

La laimargue atlantique, ou le requin du Groenland

 
	© National Geographic Stock / Paul Nicklen / WWF

Le seul grand requin arctique

Sans doute une des espèces les plus méconnues de l’Arctique, la laimargue atlantique – ou requin du Groenland – sillonne depuis des millénaires les eaux froides et profondes des océans Arctique et de l’Atlantique Nord.

Cet immense prédateur – son poids moyen est de 900 kg – est l’une des deux seules espèces de requins (l’autre étant l’aiguillat noir) que l’on trouve en Arctique. La laimargue atlantique est également l’un des plus grands requins dans le monde – elle peut mesurer jusqu’à 7 mètres, ce qui la place au coude à coude avec le grand requin blanc – et le plus grand poisson arctique.

La laimargue atlantique mange de tout ou presque. De fait, on a trouvé à l’examen du contenu de son estomac des restes de pratiquement toutes les espèces marines – anguille, baleine, phoque, oursin, crabe, poissons divers, y compris d’autres espèces de requins, et même des restes de mammifères terrestres comme de l’ours polaire ou du caribou, qui se retrouvent parfois dans l’eau. (Ces grands animaux peuvent poser un danger, comme dans le cas de ce requin qui s’était étouffé en tentant d’avaler un gros morceau d’orignal en novembre dernier.)

La laimargue atlantique se meut lentement, d’où lui vient son surnom de « dormeur du Groenland ». Ce poisson des grands fonds marins est souvent aveuglé par les parasites qui se nourrissent autour de ses yeux, mais dont les couleurs vives agissent également comme appâts pour d’éventuelles proies 

© National Geographic Stock / Nick Caloyianis / WWF 

Laimargue Atlantique 101

Nom scientifique : Somniosus microcephalus
Longueur moyenne : 6,5 mètres (peut atteindre 7 mètres)
Poids moyen : 900 kg

Une laimargue, ça bouge!

Les experts soupçonnent que la laimargue atlantique a une très vaste aire de répartition, car elle fréquente essentiellement les eaux très profondes où la température de l’eau est plus uniforme. Peut-être migre-t-elle même de l’Arctique aux tropiques!

Les experts

Dr Nigel Hussey,
Chercheur postdoctoral,
Great Lakes Institute for Environmental Research de l’université de Windsor pour le compte du Ocean Tracking Network. Nigel Hussey et son équipe tentent de mieux comprendre les déplacements de la laimargue atlantique. Vous voulez en savoir plus sur leurs expéditions de marquage de requins au Groenland?

L’importance de la laimargue atlantique

Le rôle de grand prédateur de la laimargue atlantique en Arctique en fait une espèce qu’il est important de connaître et comprendre.

On dispose de peu de recherches sur l’espèce et on a tout à apprendre sur ce grand requin. Les connaissances actuelles sont principalement anecdotiques et sont issues du savoir traditionnel compilé par une équipe d’experts de l’université de Windsor – partenaire du WWF-Canada en recherche sur la laimargue atlantique – au cours d’entrevues menées avec des membres des communautés nordiques.

À l’heure actuelle, l’effort de recherche vise à recueillir des renseignements de base qui permettront de mesurer les changements au sein de l’espèce. On croit que la laimargue atlantique vit très longtemps, et son cycle de reproduction doit donc être plutôt long, ce qui veut dire que toute activité ayant une incidence sur le nombre d’individus pourrait avoir un impact profond et à long terme sur une population.

Il est donc important de recueillir de l’information sur ce requin pour mieux le connaître – où vit-il, quelle est son espérance de vie, que mange-t-il et à quelle fréquence, où va-t-il se reproduire et donner naissance à combien de petits – et comprendre l’effet de l’activité humaine sur l’espèce afin de lui assurer un avenir prospère.

Histoire = mystère

La laimargue atlantique vit en eaux très profondes et elle a fait l’objet de peu d’études, particulièrement en Arctique, où les conditions difficiles rendent tout projet de recherche plus compliqué et onéreux. Grâce aux nouvelles technologies, il est aujourd’hui plus facile de mener des recherches, et nous pouvons enfin en apprendre davantage sur ce mystérieux requin et sur son histoire. 
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Une laimargue atlantique prise dans un fil de pêche
© Evan Paul/University of Windsor
Heureusement pour les chercheurs, la laimargue atlantique est facile à capturer. Malheureusement pour le requin, cela signifie aussi qu’il se prend facilement dans des engins de pêche (ce qu’on appelle les prises accessoires, ou accidentelles), surtout ceux des pêcheries de turbot du Nunavut. Et comme sa chair n’est pas comestible, il est rejeté à l’eau comme un déchet.

Par ailleurs, la voracité de la laimargue atlantique et sa propension à manger tout ce qui lui tombe sous la dent pourraient bien se retourner contre lui. En effet, le développement accru qui se prépare en Arctique pourrait bien la mener à manger toutes sortes de déchets qui ne font pas partie de son régime alimentaire habituel. Les zones essentielles de son habitat pourraient également être bouleversées par le développement, et les chercheurs commencent d’ailleurs à observer une intéressante interaction des déplacements des requins et des cétacés en Arctique, ce qui est fort probablement lié à la recherche de nourriture.

Grand prédateur dans un réseau trophique complexe, la laimargue atlantique sera sans aucun doute touchée par les bouleversements de son environnement, notamment le réchauffement climatique. Elle pourrait également devenir vulnérable face à l’arrivée de nouveaux prédateurs dans les eaux arctiques, comme l’épaulard.

Comme on dispose encore de bien peu d’information, il est difficile d’évaluer comment ces menaces agiront sur les populations de laimargues atlantiques, que l’on estime prospères à l’heure actuelle.

Ce que fait le WWF

Il faut en apprendre davantage sur la laimargue atlantique pour être capable d’aider les populations à demeurer en santé. Le WWF-Canada apporte son appui et sa participation aux recherches de l’université de Windsor, dont l’équipe assure le marquage et le suivi des populations de laimargue atlantique. Ces travaux sont menés dans le cadre du Ocean Tracking Network, un réseau mondial de surveillance qui produit l’information scientifique de base à une gestion responsable des océans, et regroupe des scientifiques du monde marin à travers la planète.

Dans un premier temps, ce projet nous instruira sur la laimargue, son principal habitat où elle chasse, se reproduit et met bas, et sur le nombre de petits qui naissent et à quel âge ils atteignent la maturité. Toutes ces questions demeurent encore aujourd’hui sans réponse, or cette information est indispensable à l’évaluation de l’impact des pêcheries et autres activités humaines sur l’espèce, et surtout, c’est par elle que nous trouverons les moyens de réduire ou éliminer ces impacts.


Pendant l’été 2013, Vicki Sahanatien, du WWF-Canada, a participé à une expédition de marquage de la laimargue atlantique avec l’équipe de l’université de Windsor à la recherche d’information sur cette mystérieuse créature. Allez voir le photoreportage de cette expédition.
© Rick Crawford-University of Windsor © Rick Crawford-University of Windsor © Vicki Sahanatien/WWF-Canada © Vicki Sahanatien/WWF-Canada © Evan Paul-University of Windsor © Rick Crawford - University of Windsor