Péril dans les eaux canadiennes | WWF-Canada

Péril dans les eaux canadiennes

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© J. Lariviere
Flux environnementaux et avenir des ressources d’eau douce au Canada
Le Canada se situe parmi les 10 pays dans le monde qui disposent des plus grandes réserves d’eau douce. Dans un monde où il fera de plus en plus chaud et de plus en plus soif, cette ressource constitue donc un véritable trésor.

Mais ne nous y trompons pas, cette constatation est trompeuse. En effet, l’eau est sans cesse en mouvement, et c’est ce mouvement constant lui-même – le débit des eaux – qui donne une idée de la disponibilité d’eau douce et de la santé des écosystèmes dont nous la tirons.

Nombre des débits fluviaux dans le monde sont à risque en raison des impacts d’une production alimentaire accrue, de la production d’électricité, de l’alimentation en eau des industries et des besoins en eau potable de cités qui sont de plus en plus peuplées. À cela s’ajoute le réchauffement climatique, qui génère de nouvelles menaces et incertitudes.

Le document Péril dans les eaux canadiennes, les flux environnementaux et l’avenir des ressources d’eau douce au Canada présente une évaluation de l’effet de ces pressions sur les flux environnementaux de 10 fleuves et rivières au Canada. Soyons clairs, la situation est inquiétante.

Les cours d’eau à risque au Canada et leurs bassins versants

Cliquez sur les différentes régions de la carte pour en apprendre davantage sur les bassins versants. (en anglais)

 

 

Principale menace au débit fluvial:

Changements climatiques

Le réchauffement de la planète donne une toute nouvelle dimension à la problématique de la gestion de l’eau au Canada. En effet, la fonte des glaciers, les variations des modèles de précipitations, et l’intensité croissante des sécheresses et des crues ne sont que quelques-uns des effets des changements climatiques sur les débits fluviaux. Les études démontrent que les débits fluviaux maximums tendent à diminuer un peu partout au Canada. Si ces tendances se poursuivent comme prévu, l’avenir de l’eau douce au Canada deviendra de plus en plus incertain. C’est que la demande ne pourra qu’augmenter à mesure que se réchauffera le climat, ce qui fera de la protection des flux environnementaux tout un défi à relever.


Qu’est-ce qu’un flux environnemental?

Les flux environnementaux consistent en la quantité, la durée et la qualité du débit d’eau requis pour soutenir les écosystèmes estuariens et d’eau douce, ainsi que la subsistance et le bien-être de l’humanité qui en dépendent.
- Définition selon la Déclaration de Brisbane

Le cycle du débit des cours d’eau – hautes et basses eaux – ressemble fort à notre pression artérielle en ce qu’il constitue un indicateur clef de la santé de l’ensemble d’un écosystème. Voilà pourquoi nous devons maintenir le débit naturel de nos cours d’eau si nous voulons préserver les nombreux avantages sociaux, culturels et économiques que nous en tirons.

La notion de flux environnemental nous force donc à examiner notre utilisation de l’eau depuis l’autre côté de la lorgnette utilisée jusqu’ici. Autrement dit, nous devons d’abord nous demander quelle quantité d’eau la rivière peut nous donner avant de chercher à déterminer quelle quantité d’eau nous pourrons utiliser.
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Cracked ground because of drought of a dried up lake
© Michel Gunther / WWF

Prélèvements et dérivations

Nous prélevons l’eau des fleuves et rivières pour l’agriculture, l’industrie et les besoins en eau potable des villes. L’irrigation en agriculture est un phénomène particulièrement inquiétant car l’essentiel de l’eau prélevée est consommée dans le processus, ce qui réduit la capacité de maintenir l’écosystème fluvial, et l’utilisation d’eau en aval. Autre élément crucial, le moment où l’eau est prélevée – le prélèvement d’eau en période de sécheresse ou de faible débit a évidemment davantage d’impact sur la santé du cours d’eau que pendant toute autre période. Quant aux dérivations – c’est-à-dire le déplacement artificiel d’eau entre bassins au moyen de pipelines ou de canaux – elles peuvent avoir un effet dévastateur. Or, le Canada fait grand usage des dérivations, plus que tout autre pays dans le monde, en fait.
 
	© WWF-Canada
Le débit à travers un bassin
© WWF-Canada
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Cabbage field
© Michel Gunther / WWF

Régularisation et fragmentation du débit

La régularisation et la fragmentation du débit au moyen de barrages et d’autres infrastructures – écluses, déversoirs et digues, par exemple – peuvent modifier le régime du débit fluvial en jouant sur la quantité, le moment et la qualité de l’eau qui circule dans les cours d’eau, des fleuves aux ruisseaux en passant par les rivières. Ces infrastructures sont conçues pour produire de l’hydroélectricité, maîtriser les crues et emmagasiner de l’eau pour irriguer des champs ou pour la consommation urbaine. Mais elles perturbent également le débit naturel d’une rivière et interrompent les liens entre ses différentes parties et ses bassins, ce qui a un effet négatif sur les écosystèmes d’eau douce et les espèces qui en dépendent. En 2000, l’on comptait 849 grands barrages et des milliers de plus petits dans les cours d’eau du Canada, et la demande croissante d’énergie à faible teneur en carbone pousse à la construction de nouvelles usines d’hydroélectricité partout au pays.
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Bassano Dam, Alberta, Canada
© Patricia Buckley / WWF-Canada

Protégeons nos cours d’eau

Le Canada fait face à de sérieux défis en ce qui touche à la protection de ses fleuves et rivières mais, contrairement à bien d’autres pays, la situation n’est pas encore critique. Cependant, si nous voulons éviter une crise de l’eau douce à l’échelle nationale, trois mesures importantes doivent être adoptées et appliquées sans tarder afin de conserver nos fleuves et rivières en santé, pour l’avenir de toutes les formes de vie sur terre. Ces trois mesures sont les suivantes :
  1. Agir dès maintenant en matière de changements climatiques
    Faites partie de la solution globale pour contrer le réchauffement de la planète en aidant à créer et à implanter une convention mondiale juste, efficiente et fondée sur des assises scientifiques, et en contribuant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre au Canada et à la protection de nos cours d’eau.
     
  2. Régler notre utilisation d’eau en respectant les limites de la nature
    Apprenons à régler la quantité d’eau que nous utilisons en fonction des limites soutenables des bassins, et interdisons les transferts entre bassins qui font passer l’eau d’un bassin à un autre.
     
  3. Modifier le débit
    Concevons et gérons les barrages et autres infrastructures dans les cours d’eau de manière à mieux équilibrer les besoins de la nature – régimes des débits requis pour maintenir des cours d’eau en santé – et les besoins de l’homme – hydroélectricité, navigation, maîtrise des crues, et emmagasinage d’eau.